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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/582

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geurs sous les paupières, ardentes comme des plaques de fard. Elle se mit près du carton et regarda. Pellerin fit signe qu’il se taisait à cause d’elle. Mais Frédéric, sans y prendre garde :

— Cependant, je ne peux pas croire…

— Je vous répète que je l’ai rencontré hier, dit l’artiste, à sept heures du soir, rue Jacob. Il avait même son passeport, par précaution ; et il parlait de s’embarquer au Havre, lui et toute sa smala.

— Comment ! Avec sa femme ?

— Sans doute ! Il est trop bon père de famille pour vivre tout seul.

— Et vous en êtes sûr ?…

— Parbleu ! Où voulez-vous qu’il ait trouvé douze mille francs ?

Frédéric fit deux ou trois tours dans la chambre. Il haletait, se mordait les lèvres, puis saisit son chapeau.

— Où vas-tu donc ? dit Rosanette.

Il ne répondit pas, et disparut.