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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/578

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faisait sur Frédéric, elle répondait d’un air narquois :

— Il va bien, très bien.

Elle savait son mariage avec Mme Dambreuse.

L’époque en était fixée ; et même il cherchait comment faire avaler la chose à Rosanette.

Vers le milieu de l’automne, elle gagna son procès relatif aux actions de kaolin. Frédéric l’apprit en rencontrant à sa porte Sénécal qui sortait de l’audience.

On avait reconnu M. Arnoux complice de toutes les fraudes ; et l’ex-répétiteur avait un tel air de s’en réjouir, que Frédéric l’empêcha d’aller plus loin, en assurant qu’il se chargeait de sa commission près de Rosanette. Il entra chez elle la figure irritée.

— Eh bien, te voilà contente !

Mais, sans remarquer ces paroles :

— Regarde donc !

Et elle lui montra son enfant couché dans un berceau, près du feu. Elle l’avait trouvé si mal le matin chez sa nourrice, qu’elle l’avait ramené à Paris.

Tous ses membres étaient maigris extraordinairement et ses lèvres couvertes de points blancs, qui faisaient dans l’intérieur de sa bouche comme des caillots de lait.

— Qu’a dit le médecin ?

— Ah ! le médecin ! Il prétend que le voyage a augmenté son… je ne sais plus, un nom en ite… enfin qu’il a le muguet. Connais-tu cela ?

Frédéric n’hésita pas à répondre : « Certainement », ajoutant que ce n’était rien.

Mais dans la soirée, il fut effrayé par l’aspect