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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/567

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commença par s’excuser de sa mission pénible, tout en regardant l’appartement, « plein de jolies choses, ma parole d’honneur ! ». Il ajouta « outre celles qu’on ne peut saisir ». Sur un geste, les deux recors disparurent.

Alors, ses compliments redoublèrent. Pouvait-on croire qu’une personne aussi… charmante n’eût pas d’ami sérieux ! Une vente par autorité de justice était un véritable malheur ! On ne s’en relève jamais. Il tâcha de l’effrayer ; puis, la voyant émue, prit subitement un ton paterne. Il connaissait le monde, il avait eu affaire à toutes ces dames ; et, en les nommant, il examinait les cadres sur les murs. C’étaient d’anciens tableaux du brave Arnoux, des esquisses de Sombaz, des aquarelles de Burieu, trois paysages de Dittmer. Rosanette n’en savait pas le prix, évidemment. Maître Gautherot se tourna vers elle :

— Tenez ! Pour vous montrer que je suis un bon garçon, faisons une chose : cédez-moi ces Dittmer-là ! et je paye tout. Est-ce convenu ?

À ce moment, Frédéric, que Delphine avait instruit dans l’antichambre et qui venait de voir les deux praticiens, entra le chapeau sur la tête, d’un air brutal. Maître Gautherot reprit sa dignité ; et, comme la porte était restée ouverte :

— Allons, messieurs, écrivez ! Dans la seconde pièce, nous disons : une table de chêne, avec ses deux rallonges, deux buffets…

Frédéric l’arrêta, demandant s’il n’y avait pas quelque moyen d’empêcher la saisie.

— Oh ! parfaitement ! Qui a payé les meubles ?

— Moi.

— Eh bien, formulez une revendication ; c’est