Ouvrir le menu principal

Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/562

Cette page a été validée par deux contributeurs.


brillait un regard pareil à la pointe d’un stylet sous de la mousseline :

— Eh bien, et l’autre ?

— Quelle autre ?

— La femme du faïencier !

Il leva les épaules dédaigneusement. Elle n’insista pas.

Mais, un mois plus tard, comme ils parlaient d’honneur et de loyauté, et qu’il vantait la sienne (d’une manière incidente, par précaution), elle lui dit :

— C’est vrai, tu es honnête, tu n’y retournes plus.

Frédéric, qui pensait à la Maréchale, balbutia :

— Où donc ?

— Chez Mme Arnoux.

Il la supplia de lui avouer d’où elle tenait ce renseignement. C’était par sa couturière en second, Mme Regimbart.

Ainsi, elle connaissait sa vie, et lui ne savait rien de la sienne !

Cependant, il avait découvert dans son cabinet de toilette la miniature d’un monsieur à longues moustaches : était-ce le même sur lequel on lui avait conté autrefois une vague histoire de suicide ? Mais, il n’existait aucun moyen d’en savoir davantage ! À quoi bon, du reste ? Les cœurs des femmes sont comme ces petits meubles à secret, pleins de tiroirs emboîtés les uns dans les autres ; on se donne du mal, on se casse les ongles, et on trouve au fond quelque fleur desséchée, des brins de poussière ou le vide ! Et puis il craignait peut-être d’en trop apprendre.

Elle lui faisait refuser les invitations où elle ne