Ouvrir le menu principal

Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/556

Cette page a été validée par deux contributeurs.


sa figure, toute rayonnante de bonheur, et, lui prenant la main :

— Ah ! je n’ai jamais douté de toi ! J’y comptais !

Cette certitude anticipée de ce qu’il regardait comme une belle action déplut au jeune homme.

Puis elle l’emmena dans sa chambre, et ils firent des projets. Frédéric devait songer maintenant à se pousser. Elle lui donna même sur sa candidature d’admirables conseils.

Le premier point était de savoir deux ou trois phrases d’économie politique. Il fallait prendre une spécialité, comme les haras, par exemple, écrire plusieurs mémoires sur une question d’intérêt local, avoir toujours à sa disposition des bureaux de poste ou de tabac, rendre une foule de petits services. M. Dambreuse s’était montré là-dessus un vrai modèle. Ainsi, une fois, à la campagne, il avait fait arrêter son char à bancs, plein d’amis, devant l’échoppe d’un savetier, avait pris pour ses hôtes douze paires de chaussures, et, pour lui des bottes épouvantables, qu’il eut même l’héroïsme de porter durant quinze jours. Cette anecdote les rendit gais. Elle en conta d’autres, et avec un revif de grâce, de jeunesse et d’esprit.

Elle approuva son idée d’un voyage immédiat à Nogent. Leurs adieux furent tendres ; puis, sur le seuil, elle murmura encore une fois :

— Tu m’aimes, n’est-ce pas ?

— Éternellement ! répondit-il.

Un commissionnaire l’attendait chez lui avec un mot au crayon, le prévenant que Rosanette allait accoucher. Il avait eu tant d’occupation depuis quelques jours, qu’il n’y pensait plus. Elle