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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/554

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breuse avait été un des potdevinistes les plus distingués du dernier règne. Puis les voitures de deuil reconduisirent les bourgeois à leurs affaires, la cérémonie n’avait pas duré trop longtemps ; on s’en félicitait.

Frédéric, fatigué, rentra chez lui.

Quand il se présenta le lendemain à l’hôtel Dambreuse, on l’avertit que Madame travaillait en bas, dans le bureau. Les cartons, les tiroirs étaient ouverts pêle-mêle, les livres de comptes jetés de droite et de gauche ; un rouleau de paperasses ayant pour titre : « Recouvrements désespérés », traînait par terre ; il manqua tomber dessus et le ramassa. Mme Dambreuse disparaissait ensevelie dans le grand fauteuil.

— Eh bien ? Où êtes-vous donc ? qu’y a-t-il ?

Elle se leva d’un bond.

— Ce qu’il y a ? Je suis ruinée, ruinée ! entends-tu ?

M. Adolphe Langlois, le notaire, l’avait fait venir en son étude, et lui avait communiqué un testament écrit par son mari, avant leur mariage. Il léguait tout à Cécile ; et l’autre testament était perdu. Frédéric devint très pâle. Sans doute elle avait mal cherché ?

— Mais regarde donc ! dit Mme Dambreuse, en lui montrant l’appartement.

Les deux coffres-forts bâillaient, défoncés à coups de merlin, et elle avait retourné le pupitre, fouillé les placards, secoué les paillassons, quand tout à coup, poussant un cri aigu, elle se précipita dans un angle où elle venait d’apercevoir une petite boîte à serrure de cuivre ; elle l’ouvrit, rien !