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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/549

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dait pour lui montrer des devis et plans de tombeaux grecs, égyptiens, mauresques ; mais l’architecte de la maison en avait déjà conféré avec Madame ; et, sur la table, dans le vestibule, il y avait toute sorte de prospectus relatifs au nettoyage des matelas, à la désinfection des chambres, à divers procédés d’embaumement.

Après son dîner, il retourna chez le tailleur pour le deuil des domestiques ; et il dut faire une dernière course, car il avait commandé des gants de castor, et c’étaient des gants de filoselle qui convenaient.

Quand il arriva le lendemain, à dix heures, le grand salon s’emplissait de monde, et presque tous, en s’abordant d’un air mélancolique, disaient :

— Moi qui l’ai encore vu il y a un mois ! Mon Dieu ! c’est notre sort à tous !

— Oui ; mais tâchons que ce soit le plus tard possible !

Alors, on poussait un petit rire de satisfaction, et même on engageait des dialogues parfaitement étrangers à la circonstance. Enfin, le maître des cérémonies, en habit noir à la française et culotte courte, avec manteau, pleureuses, brette au côté et tricorne sous le bras, articula, en saluant, les mots d’usage :

— Messieurs, quand il vous fera plaisir.

On partit.

C’était jour de marché aux fleurs sur la place de la Madeleine. Il faisait un temps clair et doux ; et la brise, qui secouait un peu les baraques de toile, gonflait, par les bords, l’immense drap noir accroché sur le portail. L’écusson de M. Dam-