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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/545

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contribué, du reste ! C’était mon bien que je défendais ; Cécile m’aurait dépouillée, injustement.

— Pourquoi n’est-elle pas venue voir son père ? dit Frédéric.

À cette question, Mme Dambreuse le considéra ; puis, d’un ton sec :

— Je n’en sais rien ! Faute de cœur, sans doute ! Oh ! je la connais ! Aussi elle n’aura pas de moi une obole !

Elle n’était guère gênante, du moins depuis son mariage.

— Ah ! son mariage ! fit en ricanant Mme Dambreuse.

Et elle s’en voulait d’avoir trop bien traité cette pécore-là, qui était jalouse, intéressée, hypocrite. « Tous les défauts de son père ! » Elle le dénigrait de plus en plus. Personne d’une fausseté aussi profonde, impitoyable d’ailleurs, dur comme un caillou, « un mauvais homme ! un mauvais homme ! »

Il échappe des fautes, même aux plus sages. Mme Dambreuse venait d’en faire une, par ce débordement de haine. Frédéric, en face d’elle, dans une bergère, réfléchissait, scandalisé.

Elle se leva, se mit doucement sur ses genoux.

— Toi seul es bon ! Il n’y a que toi que j’aime !

En le regardant, son cœur s’amollit, une réaction nerveuse lui amena des larmes aux paupières, et elle murmura :

— Veux-tu m’épouser ?

Il crut d’abord n’avoir pas compris. Cette richesse l’étourdissait. Elle répéta plus haut :

— Veux-tu m’épouser ?