Ouvrir le menu principal

Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/529

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Il y en avait pourtant de dévoués, quand ce ne serait que lui.

— Ah bah ! comme les autres !

Ses paupières étaient rouges ; elle pleurait. Puis, en s’efforçant de sourire :

— Excusez-moi ! J’ai tort ! C’est une idée triste qui m’est venue

Il n’y comprenait rien.

« N’importe ! elle est moins forte que je ne croyais », pensa-t-il.

Elle sonna pour avoir un verre d’eau, en but une gorgée, le renvoya, puis se plaignit de ce qu’on la servait horriblement. Afin de l’amuser, il s’offrit comme domestique, se prétendant capable de donner des assiettes, d’épousseter les meubles, d’annoncer le monde, d’être enfin un valet de chambre ou plutôt un chasseur, bien que la mode en fût passée. Il aurait voulu se tenir derrière sa voiture avec un chapeau de plumes de coq.

— Et comme je vous suivrais à pied majestueusement, en portant sur le bras un petit chien !

— Vous êtes gai, dit Mme Dambreuse.

N’était-ce pas une folie, reprit-il, de considérer tout sérieusement ? Il y avait bien assez de misères sans s’en forger. Rien ne méritait la peine d’une douleur. Mme Dambreuse leva les sourcils, d’une manière de vague approbation.

Cette parité de sentiments poussa Frédéric à plus de hardiesse. Ses mécomptes d’autrefois lui faisaient, maintenant, une clairvoyance. Il poursuivit :

— Nos grands-pères vivaient mieux. Pourquoi ne pas obéir à l’impulsion qui nous pousse ?