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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/493

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des hommes, dans les catacombes, allaient faire sauter le faubourg Saint-Germain ; des rumeurs s’échappaient des caves ; il se passait aux fenêtres des choses suspectes.

Tout le monde s’évertua cependant à tranquilliser Mme de Larsillois. L’ordre était rétabli. Plus rien à craindre. « Cavaignac nous a sauvés ! » Comme si les horreurs de l’insurrection n’eussent pas été suffisamment nombreuses, on les exagérait. Il y avait eu vingt-trois mille forçats du côté des socialistes, pas moins !

On ne doutait nullement des vivres empoisonnés, des mobiles sciés entre deux planches, et des inscriptions des drapeaux qui réclamaient le pillage, l’incendie.

— Et quelque chose de plus ! ajouta l’ex-préfète.

— Ah ! chère ! dit par pudeur Mme Dambreuse, en désignant d’un coup d’œil les trois jeunes filles.

M. Dambreuse sortit de son cabinet avec Martinon. Elle détourna la tête, et répondit aux saluts de Pellerin qui s’avançait. L’artiste considérait les murailles, d’une façon inquiète. Le banquier le prit à part, et lui fit comprendre qu’il avait dû, pour le moment, cacher sa toile révolutionnaire.

— Sans doute ! dit Pellerin, son échec au Club de l’Intelligence ayant modifié ses opinions.

M. Dambreuse glissa fort poliment qu’il lui commanderait d’autres travaux.

— Mais pardon !… — Ah ! cher ami ! quel bonheur !

Arnoux et Mme Arnoux étaient devant Frédéric.

Il eut comme un vertige. Rosanette, avec son