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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/480

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chose de mesquin et de bourgeois. Son amour lui pesa tout à coup comme un crime. Ils se boudèrent pendant une heure.

Puis elle le supplia d’attendre, de ne pas s’exposer.

— Si par hasard on te tue !

— Eh ! je n’aurai fait que mon devoir !

Rosanette bondit. D’abord, son devoir était de l’aimer. C’est qu’il ne voulait plus d’elle, sans doute ! Ça n’avait pas le sens commun ! Quelle idée, mon Dieu !

Frédéric sonna pour avoir la note. Mais il n’était pas facile de s’en retourner à Paris. La voiture des messageries Leloir venait de partir, les berlines Lecomte ne partiraient pas, la diligence du Bourbonnais ne passerait que tard dans la nuit, et serait peut-être pleine ; on n’en savait rien. Quand il eut perdu beaucoup de temps à ces informations, l’idée lui vint de prendre la poste. Le maître de poste refusa de fournir des chevaux, Frédéric n’ayant point de passeport. Enfin, il loua une calèche (la même qui les avait promenés) et ils arrivèrent devant l’hôtel du Commerce, à Melun, vers cinq heures.

La place du Marché était couverte de faisceaux d’armes. Le préfet avait défendu aux gardes nationaux de se porter sur Paris. Ceux qui n’étaient pas de son département voulaient continuer leur route. On criait. L’auberge était pleine de tumulte.

Rosanette, prise de peur, déclara qu’elle n’irait pas plus loin, et le supplia encore de rester. L’aubergiste et sa femme se joignirent à elle. Un brave homme qui dînait s’en mêla, affirmant que la bataille serait terminée d’ici à peu ; d’ailleurs il