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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/48

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Alors parut le robuste visage de Dussardier, qui, dans le désordre de sa chevelure, avec ses petits yeux francs et son nez carré du bout, rappelait confusément la physionomie d’un bon chien.

— Tu ne nous reconnais pas ? dit Hussonnet.

C’était le nom du jeune homme à moustaches.

— Mais…, balbutia Dussardier.

— Ne fais donc plus l’imbécile, reprit l’autre ; on sait que tu es, comme nous, élève en droit.

Malgré leurs clignements de paupières, Dussardier ne devinait rien. Il parut se recueillir, puis tout à coup :

— A-t-on trouvé mon carton ?

Frédéric leva les yeux, découragé. Hussonnet répliqua.

— Ah ! ton carton, où tu mets tes notes de cours ? Oui, oui ! rassure-toi !

Ils redoublaient leur pantomime. Dussardier comprit enfin qu’ils venaient pour le servir ; et il se tut, craignant de les compromettre. D’ailleurs, il éprouvait une sorte de honte en se voyant haussé au rang social d’étudiant et le pareil de ces jeunes hommes qui avaient des mains si blanches.

— Veux-tu faire dire quelque chose à quelqu’un ? demanda Frédéric.

— Non, merci, à personne.

— Mais ta famille ?

Il baissa la tête sans répondre : le pauvre garçon était bâtard. Les deux amis restaient étonnés de son silence.

— As-tu de quoi fumer ? reprit Frédéric.

Il se palpa, puis retira du fond de sa poche les débris d’une pipe, — une belle pipe en écume de