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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/450

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courir, et substituer enfin à l’égoïsme la fraternité, à l’individualisme l’association, au morcellement la grande culture.

— Allons, bon ! tu te connais en culture, à présent !

— Pourquoi pas ? D’ailleurs, il s’agit de l’humanité, de son avenir !

— Mêle-toi du tien !

— Ça me regarde !

Elles se fâchaient. Frédéric s’interposa. La Vatnaz s’échauffait, et arriva même à soutenir le Communisme.

— Quelle bêtise ! dit Rosanette. Est-ce que jamais ça pourra se faire ?

L’autre cita en preuve les Esséniens, les frères Moraves, les Jésuites du Paraguay, la famille des Pingons, près de Thiers en Auvergne ; et, comme elle gesticulait beaucoup, sa chaîne de montre se prit dans son paquet de breloques, à un petit mouton d’or suspendu.

Tout à coup, Rosanette pâlit extraordinairement.

Mlle Vatnaz continuait à dégager son bibelot.

— Ne te donne pas tant de mal, dit Rosanette, maintenant, je connais tes opinions politiques.

— Quoi ? reprit la Vatnaz, devenue rouge comme une vierge.

— Oh ! oh ! tu me comprends !

Frédéric ne comprenait pas. Entre elles, évidemment, il était survenu quelque chose de plus capital et de plus intime que le socialisme.

— Et quand cela serait, répliqua la Vatnaz, se redressant intrépidement. C’est un emprunt, ma chère, dette pour dette !