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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/43

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blond, à figure avenante, et portant moustache et barbiche comme un raffiné du temps de Louis XIII. Il lui demanda la cause du désordre.

— Je n’en sais rien, reprit l’autre, ni eux non plus ! C’est leur mode à présent ! quelle bonne farce !

Et il éclata de rire.

Les pétitions pour la Réforme8, que l’on faisait signer dans la garde nationale, jointes au recensement Humann9, d’autres événements encore amenaient depuis six mois, dans Paris, d’inexplicables attroupements ; et même ils se renouvelaient si souvent, que les journaux n’en parlaient plus.

— Cela manque de galbe et de couleur, continua le voisin de Frédéric. Ie cuyde, messire, que nous avons dégénéré ! À la bonne époque de Loys onzième, voire de Benjamin Constant, il y avait plus de mutinerie parmi les escholiers. Ie les treuve pacifiques comme moutons, bêtes comme cornichons, et idoines à estre épiciers, Pasque-Dieu ! Et voilà ce qu’on appelle la Jeunesse des écoles !

Il écarta les bras, largement, comme Frédérick Lemaître dans Robert Macaire.

— Jeunesse des écoles, je te bénis !

Ensuite, apostrophant un chiffonnier, qui remuait des écailles d’huîtres contre la borne d’un marchand de vin :

— En fais-tu partie, toi, de la Jeunesse des écoles ?

Le vieillard releva une face hideuse où l’on distinguait, au milieu d’une barbe grise, un nez rouge, et deux yeux avinés stupides.

— Non ! tu me parais plutôt un de ces hommes à