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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/407

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Des mouvements convulsifs lui secouaient les muscles de la poitrine, et, dans ses aspirations, son ventre se creusait comme s’il eût suffoqué d’avoir couru. Puis il retombait la tête en arrière et la bouche grande ouverte. Avec des précautions infinies, Mme Arnoux tâchait de lui faire avaler le contenu des fioles, du sirop d’ipécacuana, une potion kermétisée. Mais il repoussait la cuiller, en gémissant d’une voix faible. On aurait dit qu’il soufflait ses paroles.

De temps à autre, elle relisait l’ordonnance. Les observations du formulaire l’effrayaient ; peut-être que le pharmacien s’était trompé ! Son impuissance la désespérait. L’élève de M. Colot arriva.

C’était un jeune homme d’allures modestes, neuf dans le métier, et qui ne cacha point son impression. Il resta d’abord indécis, par peur de se compromettre, et enfin prescrivit l’application de morceaux de glace. On fut longtemps à trouver de la glace. La vessie qui contenait les morceaux creva. Il fallut changer la chemise. Tout ce dérangement provoqua un nouvel accès plus terrible.

L’enfant se mit à arracher les linges de son cou, comme s’il avait voulu retirer l’obstacle qui l’étouffait, et il égratignait le mur, saisissait les rideaux de sa couchette, cherchant un point d’appui pour respirer. Son visage était bleuâtre maintenant, et tout son corps, trempé d’une sueur froide, paraissait maigrir. Ses yeux hagards s’attachaient sur sa mère avec terreur. Il lui jetait les bras autour du cou, s’y suspendait d’une façon désespérée ; et, en repoussant ses sanglots, elle balbutiait des paroles tendres.

— Oui, mon amour, mon ange, mon trésor !