Ouvrir le menu principal

Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/399

Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Oh ! non !…

— Si j’avais seulement une preuve !…

— Quelle preuve ?

— Celle qu’on donnerait au premier venu, celle que vous m’avez accordée à moi-même.

Et il lui rappela qu’une fois ils étaient sortis ensemble, par un crépuscule d’hiver, un temps de brouillard. Tout cela était bien loin, maintenant ! Qui donc l’empêchait de se montrer à son bras, devant tout le monde, sans crainte de sa part, sans arrière-pensée de la sienne, n’ayant personne autour d’eux pour les importuner ?

— Soit ! dit-elle, avec une bravoure de décision qui stupéfia d’abord Frédéric.

Mais il reprit vivement :

— Voulez-vous que je vous attende au coin de la rue Tronchet et de la rue de la Ferme ?

— Mon Dieu ! mon ami…, balbutiait Mme Arnoux.

Sans lui donner le temps de réfléchir, il ajouta :

— Mardi prochain, je suppose ?

— Mardi ?

— Oui, entre deux et trois heures !

— J’y serai !

Et elle détourna son visage, par un mouvement de honte. Frédéric lui posa ses lèvres sur la nuque.

— Oh ! ce n’est pas bien, dit-elle. Vous me feriez repentir.

Il s’écarta, redoutant la mobilité ordinaire des femmes. Puis, sur le seuil, murmura, doucement, comme une chose bien convenue :

— À mardi !

Elle baissa ses beaux yeux d’une façon discrète et résignée.