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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/386

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Aussitôt Frédéric, épanchant le mauvais vouloir qu’il lui portait, attaqua son esprit, son caractère, sa fausse élégance, l’homme tout entier. C’était bien un spécimen de paysan parvenu ! L’aristocratie nouvelle, la bourgeoisie ne valait pas l’ancienne, la noblesse. Il soutenait cela ; et les démocrates approuvaient, comme s’il avait fait partie de l’une et qu’ils eussent fréquenté l’autre85. On fut enchanté de lui. Le pharmacien le compara même à M. d’Alton-Shée86 qui, bien que pair de France, défendait la cause du Peuple.

L’heure de s’en aller était venue. Tous se séparèrent avec de grandes poignées de main ; Dussardier, par tendresse, reconduisit Frédéric et Deslauriers. Dès qu’ils furent dans la rue, l’avocat eut l’air de réfléchir, et, après un moment de silence :

— Tu lui en veux donc beaucoup, à Pellerin ?

Frédéric ne cacha pas sa rancune.

Le peintre, cependant, avait retiré de la montre le fameux tableau. On ne devait pas se brouiller pour des vétilles ! À quoi bon se faire un ennemi ?

— Il a cédé à un mouvement d’humeur, excusable dans un homme qui n’a pas le sou. Tu ne peux pas comprendre ça, toi !

Et, Deslauriers remonté chez lui, le commis ne lâcha point Frédéric ; il l’engagea même à acheter le portrait. En effet, Pellerin, désespérant de l’intimider, les avait circonvenus pour que, grâce à eux, il prît la chose.

Deslauriers en reparla, insista. Les prétentions de l’artiste étaient raisonnables.