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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/381

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ques de sympathie, tous connaissant par Dussardier son langage chez M. Dambreuse. Sénécal se contenta de lui offrir la main, d’un air digne.

Il se tenait debout contre la cheminée. Les autres, assis et la pipe aux lèvres, l’écoutaient discourir sur le suffrage universel66, d’où devait résulter le triomphe de la Démocratie, l’application des principes de l’Évangile. Du reste, le moment approchait ; les banquets réformistes se multipliaient dans les provinces67, le Piémont68, Naples69, la Toscane70

— C’est vrai, dit Deslauriers, lui coupant net la parole, ça ne peut pas durer plus longtemps !

Et il se mit à faire un tableau de la situation.

Nous avions sacrifié la Hollande pour obtenir de l’Angleterre la reconnaissance de Louis-Philippe71 ; et cette fameuse alliance anglaise, elle était perdue, grâce aux mariages espagnols72. En Suisse, M. Guizot, à la remorque de l’Autrichien, soutenait les traités de 181573. La Prusse avec son Zollverein nous préparait des embarras74. La question d’Orient restait pendante75.

— Ce n’est pas une raison parce que le grand-duc Constantin envoie des présents à M. d’Aumale pour se fier à la Russie. Quant à l’intérieur, jamais on n’a vu tant d’aveuglement, de bêtise ! Leur majorité même ne se tient plus ! Partout, enfin, c’est, selon le mot connu, rien ! rien ! rien ! Et, devant tant de hontes, poursuivit l’avocat en mettant ses poings sur ses hanches, ils se déclarent satisfaits.

Cette allusion à un vote célèbre provoqua des applaudissements. Dussardier déboucha une bou-