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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/359

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— Ah ! vous avez tort ! Moi, je n’irais pas comme lui…

— De qui donc parlez-vous ?

— De Frédéric !

— Eh ! M. Moreau m’inquiète peu, je vous l’ai dit !

— Oh ! pardon !… pardon !

Puis, d’une voix mordante, et faisant traîner ses phrases :

— Je croyais même que vous vous intéressiez suffisamment à sa personne pour apprendre avec plaisir…

Elle devint toute pâle. L’ancien clerc ajouta :

— Il va se marier.

— Lui !

— Dans un mois, au plus tard, avec Mlle Roque, la fille du régisseur de M. Dambreuse. Il est même parti à Nogent, rien que pour cela.

Elle porta la main sur son cœur, comme au choc d’un grand coup ; mais tout de suite elle tira la sonnette. Deslauriers n’attendit pas qu’on le mît dehors. Quand elle se retourna, il avait disparu.

Mme Arnoux suffoquait un peu. Elle s’approcha de la fenêtre pour respirer.

De l’autre côté de la rue, sur le trottoir, un emballeur en manches de chemise clouait une caisse. Des fiacres passaient. Elle ferma la croisée et vint se rasseoir. Les hautes maisons voisines interceptant le soleil, un jour froid tombait dans l’appartement. Ses enfants étaient sortis, rien ne bougeait autour d’elle. C’était comme une désertion immense.

« Il va se marier ; est-ce possible ! »