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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/320

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manière de rire, l’appela « voleur » plusieurs fois ; puis, tout à coup :

— Ah ! le baron !

Alors entra un gaillard de trente ans, qui avait quelque chose de rude dans la physionomie, de souple dans les membres, le chapeau sur l’oreille, et une fleur à la boutonnière. C’était l’idéal du vicomte. Il fut ravi de le posséder ; et, sa présence l’excitant, il tenta même un calembour, car il dit, comme on passait un coq de bruyère :

— Voilà le meilleur des caractères de La Bruyère !

Ensuite, il adressa à M. de Comaing une foule de questions sur des personnes inconnues à la société ; puis, comme saisi d’une idée :

— Dites donc ! avez-vous pensé à moi ?

L’autre haussa les épaules.

— Vous n’avez pas l’âge, mon petiot ! Impossible !

Cisy l’avait prié de le faire admettre à son club. Mais le baron, ayant sans doute pitié de son amour-propre :

— Ah ! j’oubliais ! Mille félicitations pour votre pari, mon cher !

— Quel pari ?

— Celui que vous avez fait, aux courses, d’aller le soir même chez cette dame.

Frédéric éprouva comme la sensation d’un coup de fouet. Il fut calmé tout de suite, par la figure décontenancée de Cisy.

En effet, la Maréchale, dès le lendemain, en était aux regrets, quand Arnoux, son premier amant, son homme, s’était présenté ce jour-là même. Tous deux avaient fait comprendre au