Ouvrir le menu principal

Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/307

Cette page a été validée par deux contributeurs.


reste ! Maintenant, il haïssait toutes les femmes ; et des pleurs l’étouffaient, car son amour était méconnu et sa concupiscence trompée.

La Maréchale rentra, et, lui présentant Cisy :

— J’ai invité monsieur. J’ai bien fait, n’est-ce pas ?

— Comment donc ! certainement !

Frédéric, avec un sourire de supplicié, fit signe au gentilhomme de s’asseoir.

La Maréchale se mit à parcourir la carte, en s’arrêtant aux noms bizarres.

— Si nous mangions, je suppose, un turban de lapins à la Richelieu et un pudding à la d’Orléans ?

— Oh ! pas d’Orléans ! s’écria Cisy, lequel était légitimiste et crut faire un mot.

— Aimez-vous mieux un turbot à la Chambord ? reprit-elle.

Cette politesse choqua Frédéric.

La Maréchale se décida pour un simple tournedos, des écrevisses, des truffes, une salade d’ananas, des sorbets à la vanille.

— Nous verrons ensuite. Allez toujours. Ah ! j’oubliais ! Apportez-moi un saucisson ! pas à l’ail !

Et elle appelait le garçon « jeune homme », frappait son verre avec son couteau, jetait au plafond la mie de son pain. Elle voulut boire tout de suite du vin de Bourgogne.

— On n’en prend pas dès le commencement, dit Frédéric.

Cela se faisait quelquefois, suivant le Vicomte.

— Eh non ! Jamais !

— Si fait, je vous assure !

— Ah ! tu vois !