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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/304

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À la hauteur des Bains-Chinois, comme il y avait des trous dans le pavé, la berline se ralentit. Un homme en paletot noisette marchait au bord du trottoir. Une éclaboussure, jaillissant de dessous les ressorts, s’étala dans son dos. L’homme se retourna, furieux. Frédéric devint pâle ; il avait reconnu Deslauriers.

À la porte du café Anglais, il renvoya la voiture. Rosanette était montée devant lui, pendant qu’il payait le postillon.

Il la retrouva dans l’escalier, causant avec un monsieur. Frédéric prit son bras. Mais, au milieu du corridor, un deuxième seigneur l’arrêta.

— Va toujours ! dit-elle, je suis à toi !

Et il entra seul dans le cabinet. Par les deux fenêtres ouvertes, on apercevait du monde aux croisées des autres maisons, vis-à-vis. De larges moires frissonnaient sur l’asphalte qui séchait, et un magnolia posé au bord du balcon embaumait l’appartement. Ce parfum et cette fraîcheur détendirent ses nerfs ; il s’affaissa sur le divan rouge, au-dessous de la glace.

La Maréchale revint ; et, le baisant au front :

— On a des chagrins, pauvre mimi ?

— Peut-être ! répliqua-t-il.

— Tu n’es pas le seul, va !

Ce qui voulait dire : « Oublions chacun les nôtres dans une félicité commune ! »

Puis elle posa un pétale de fleur entre ses lèvres, et le lui tendit à becqueter. Ce mouvement, d’une grâce et presque d’une mansuétude lascive, attendrit Frédéric.

— Pourquoi me fais-tu de la peine ? dit-il, en songeant à Mme Arnoux.