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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/285

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cabane en ruines, qui avait autrefois servi à mettre des instruments de jardinage.

— Elle n’est plus utile, dit Mme Arnoux.

Il répliqua d’une voix tremblante :

— Le bonheur peut y tenir !

Le tintamarre de la pompe à feu couvrit ses paroles, et ils entrèrent dans l’atelier des ébauchages.

Des hommes, assis à une table étroite, posaient devant eux, sur un disque tournant, une masse de pâte ; leur main gauche en raclait l’intérieur, leur droite en caressait la surface et l’on voyait s’élever des vases, comme des fleurs qui s’épanouissent.

Mme Arnoux fit exhiber les moules pour les ouvrages plus difficiles.

Dans une autre pièce, on pratiquait les filets, les gorges, les lignes saillantes. À l’étage supérieur, on enlevait les coutures, et l’on bouchait avec du plâtre les petits trous que les opérations précédentes avaient laissés.

Sur des claires-voies, dans des coins, au milieu des corridors, partout s’alignaient des poteries.

Frédéric commençait à s’ennuyer.

— Cela vous fatigue peut-être ? dit-elle.

Craignant qu’il ne fallût borner là sa visite, il affecta, au contraire, beaucoup d’enthousiasme. Il regrettait même de ne s’être pas voué à cette industrie.

Elle parut surprise.

— Certainement ! j’aurais pu vivre près de vous !

Et, comme il cherchait son regard, Mme Arnoux, afin de l’éviter, prit sur une console des boulettes