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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/235

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Il avait vu le ministre. La chose n’était pas facile. Avant d’être présenté comme auditeur au Conseil d’État, on devait subir un examen ; Frédéric, pris d’une confiance inexplicable, répondit qu’il en savait les matières.

Le financier n’en était pas surpris, d’après tous les éloges que faisait de lui M. Roque.

À ce nom, Frédéric revit la petite Louise, sa maison, sa chambre ; et il se rappela des nuits pareilles, où il restait à sa fenêtre, écoutant les rouliers qui passaient. Ce souvenir de ses tristesses amena la pensée de Mme Arnoux ; et il se taisait, tout en continuant à marcher sur la terrasse. Les croisées dressaient au milieu des ténèbres de longues plaques rouges ; le bruit du bal s’affaiblissait ; les voitures commençaient à s’en aller.

— Pourquoi donc, reprit M. Dambreuse, tenez-vous au Conseil d’État ?

Et il affirma, d’un ton de libéral, que les fonctions publiques ne menaient à rien, il en savait quelque chose ; les affaires valaient mieux. Frédéric objecta la difficulté de les apprendre.

— Ah ! bah ! en peu de temps, je vous y mettrais.

Voulait-il l’associer à ses entreprises ?

Le jeune homme aperçut, comme dans un éclair, une immense fortune qui allait venir.

— Rentrons, dit le banquier. Vous soupez avec nous, n’est-ce pas ?

Il était trois heures, on partait. Dans la salle à manger, une table servie attendait les intimes.

M. Dambreuse aperçut Martinon, et, s’approchant de sa femme, d’une voix basse :

— C’est vous qui l’avez invité ?