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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/232

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tholique43. Faites qu’on raffermisse la Religion !

Martinon s’empressa de dire :

— Effectivement, c’est un frein !

Tout le mal gisait dans cette envie moderne de s’élever au-dessus de sa classe, d’avoir du luxe.

— Cependant, objecta un industriel, le luxe favorise le commerce. Aussi j’approuve le duc de Nemours d’exiger la culotte courte à ses soirées.

— M. Thiers y est venu en pantalon. Vous connaissez son mot ?

— Oui, charmant ! Mais il tourne au démagogue, et son discours dans la question des incompatibilités n’a pas été sans influence sur l’attentat du 12 mai.

— Ah ! bah !

— Eh ! eh !

Le cercle fut contraint de s’entr’ouvrir pour livrer passage à un domestique portant un plateau, et qui tâchait d’entrer dans le salon des joueurs.

Sous l’abat-jour vert des bougies, des rangées de cartes et de pièces d’or couvraient la table. Frédéric s’arrêta devant une d’elles, perdit les quinze napoléons qu’il avait dans sa poche, fit une pirouette, et se trouva au seuil du boudoir où était alors Mme Dambreuse.

Des femmes le remplissaient, les unes près des autres, sur des sièges sans dossier. Leurs longues jupes, bouffant autour d’elles, semblaient des flots d’où leur taille émergeait, et les seins s’offraient aux regards dans l’échancrure des corsages. Presque toutes portaient un bouquet de violettes à la main. Le ton mat de leurs gants faisaient ressortir la blancheur humaine de leurs bras ; des