Ouvrir le menu principal

Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/200

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Sénécal se rembrunit, comme les cagots amenés dans les réunions de plaisir. Deslauriers embrassa tout d’un seul coup d’œil ; puis, le saluant très bas :

— Monseigneur ! je vous présente mes respects

Dussardier lui sauta au cou.

— Vous êtes donc riche, maintenant ? Ah ! tant mieux, nom d’un chien, tant mieux !

Cisy parut, avec un crêpe à son chapeau. Depuis la mort de sa grand’mère, il jouissait d’une fortune considérable, et tenait moins à s’amuser qu’à se distinguer des autres, à n’être pas comme tout le monde, enfin à « avoir du cachet ». C’était son mot.

Il était midi cependant, et tous bâillaient ; Frédéric attendait quelqu’un. Au nom d’Arnoux, Pellerin fit la grimace. Il le considérait comme un renégat depuis qu’il avait abandonné les arts.

— Si l’on se passait de lui ? qu’en dites-vous ?

Tous approuvèrent.

Un domestique en longues guêtres ouvrit la porte, et l’on aperçut la salle à manger avec sa haute plinthe en chêne relevé d’or et ses deux dressoirs chargés de vaisselle. Les bouteilles de vin chauffaient sur le poêle ; les lames des couteaux neufs miroitaient près des huîtres ; il y avait dans le ton laiteux des verres-mousseline comme une douceur engageante, et la table disparaissait sous du gibier, des fruits, des choses extraordinaires. Ces attentions furent perdues pour Sénécal.

Il commença par demander du pain de ménage (le plus ferme possible), et, à ce propos, parla des meurtres de Buzançais et de la crise des subsistances33.