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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/186

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attablée devant une compote de beurre et de sardines ; et la Poissarde, près d’elle, fumait des cigarettes, tout en lui donnant des conseils sur l’existence.

Enfin, les fiacres étant survenus, les invités s’en allèrent. Hussonnet, employé dans une correspondance pour la province, devait lire avant son déjeuner cinquante-trois journaux ; la Sauvagesse avait une répétition à son théâtre, Pellerin un modèle, l’Enfant de chœur trois rendez-vous. Mais l’Ange, envahie par les premiers symptômes d’une indigestion, ne put se lever. Le Baron moyen âge la porta jusqu’au fiacre.

— Prends garde à ses ailes ! cria par la fenêtre la Débardeuse.

On était sur le palier quand Mlle Vatnaz dit à Rosanette :

— Adieu, chère ! C’était très bien, ta soirée.

Puis se penchant à son oreille :

— Garde-le !

— Jusqu’à des temps meilleurs, reprit la Maréchale en tournant le dos, lentement.

Arnoux et Frédéric s’en revinrent ensemble, comme ils étaient venus. Le marchand de faïence avait un air tellement sombre, que son compagnon le crut indisposé.

— Moi ? pas du tout !

Il se mordait la moustache, fronçait les sourcils, et Frédéric lui demanda si ce n’était pas ses affaires qui le tourmentaient.

— Nullement !

Puis tout à coup :

— Vous le connaissiez, n’est-ce pas, le père Oudry ?