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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/158

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— Comment, monsieur, si je le connais ? C’est moi qui ai l’honneur de le servir. Il est en haut ; il achève de dîner !

Et, la serviette sous le bras, le maître de l’établissement lui-même, l’aborda :

— Vous demandez M. Regimbart, monsieur ? il était ici à l’instant.

Frédéric poussa un juron, mais le limonadier affirma qu’il le trouverait chez Bouttevilain, infailliblement.

— Je vous en donne ma parole d’honneur ! il est parti un peu plus tôt que de coutume, car il a un rendez-vous d’affaires avec des messieurs. Mais vous le trouverez, je vous le répète, chez Bouttevilain, rue Saint-Martin, 92, deuxième perron, à gauche, au fond de la cour, entresol, porte à droite !

Enfin, il l’aperçut à travers la fumée des pipes, seul, au fond de l’arrière-buvette après le billard, une chope devant lui, le menton baissé et dans une attitude méditative.

— Ah ! il y a longtemps que je vous cherchais, vous !

Sans s’émouvoir, Regimbart lui tendit deux doigts seulement, et comme s’il l’avait vu la veille, il débita plusieurs phrases insignifiantes sur l’ouverture de la session.

Frédéric l’interrompit, en lui disant, de l’air le plus naturel qu’il put :

— Arnoux va bien ?

La réponse fut longue à venir, Regimbart se gargarisait avec son liquide.

— Oui, pas mal !

— Où demeure-t-il donc, maintenant ?