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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/133

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derait son étude ; s’il la faisait bien valoir, il pourrait la revendre, et trouver un bon parti.

Frédéric n’entendait plus. Il regardait machinalement, par-dessus la haie, dans l’autre jardin, en face.

Une petite fille d’environ douze ans, et qui avait les cheveux rouges, se trouvait là, toute seule. Elle s’était fait des boucles d’oreilles avec des baies de sorbier ; son corset de toile grise laissait à découvert ses épaules, un peu dorées par le soleil ; des taches de confitures maculaient son jupon blanc ; et il y avait comme une grâce de jeune bête sauvage dans toute sa personne, à la fois nerveuse et fluette. La présence d’un inconnu l’étonnait, sans doute, car elle s’était brusquement arrêtée, avec son arrosoir à la main, en dardant sur lui ses prunelles, d’un vert bleu limpide.

— C’est la fille de M. Roque, dit Mme Moreau. Il vient d’épouser sa servante et de légitimer son enfant.