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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/120

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avait apporté quelque cadeau : Dittmer une écharpe syrienne, Rosenwald un album de romances, Burieu une aquarelle, Sombaz sa propre caricature, et Pellerin un fusain, représentant une espèce de danse macabre, hideuse fantaisie d’une exécution médiocre. Hussonnet s’était dispensé de tout présent.

Frédéric attendit après les autres, pour offrir le sien.

Elle l’en remercia beaucoup. Alors, il dit :

— Mais… c’est presque une dette ! J’ai été si fâché.

— De quoi donc ? reprit-elle. Je ne comprends pas !

— À table ! fit Arnoux, en le saisissant par le bras.

Puis, dans l’oreille :

— Vous n’êtes guère malin, vous !

Rien n’était plaisant comme la salle à manger, peinte d’une couleur vert d’eau. À l’un des bouts, une nymphe de pierre trempait son orteil dans un bassin en forme de coquille. Par les fenêtres ouvertes, on apercevait tout le jardin avec la longue pelouse que flanquait un vieux pin d’Écosse, aux trois quarts dépouillé ; des massifs de fleurs la bombaient inégalement ; et, au-delà du fleuve, se développaient, en large demi-cercle, le bois de Boulogne, Neuilly, Sèvres, Meudon. Devant la grille, en face, un canot à la voile prenait des bordées.

On causa d’abord de cette vue que l’on avait, puis du paysage en général ; et les discussions commençaient quand Arnoux donna l’ordre à son domestique d’atteler l’américaine vers les neuf