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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/110

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la lueur des feux de Bengale, couleur d’émeraude, éclaira pendant une minute tout le jardin ; et, à la dernière fusée, la multitude exhala un grand soupir.

Elle s’écoula lentement. Un nuage de poudre à canon flottait dans l’air. Frédéric et Deslauriers marchaient au milieu de la foule pas à pas, quand un spectacle les arrêta : Martinon se faisait rendre de la monnaie au dépôt des parapluies ; et il accompagnait une femme d’une cinquantaine d’années, laide, magnifiquement vêtue, et d’un rang social problématique.

— Ce gaillard-là, dit Deslauriers, est moins simple qu’on ne suppose. Mais où est donc Cisy ?

Dussardier leur montra l’estaminet, où ils aperçurent le fils des preux, devant un bol de punch, en compagnie d’un chapeau rose.

Hussonnet, qui s’était absenté depuis cinq minutes, reparut au même moment.

Une jeune fille s’appuyait sur son bras, en l’appelant tout haut « mon petit chat ».

— Mais non ! lui disait-il. Non ! pas en public ! Appelle-moi vicomte, plutôt ! Ça vous donne un genre cavalier, Louis XIII et bottes molles, qui me plaît ! Oui, mes bons, une ancienne ! N’est-ce pas qu’elle est gentille ?

Il lui prenait le menton.

— Salue ces messieurs ! ce sont tous des fils de pairs de France ! je les fréquente pour qu’ils me nomment ambassadeur !

— Comme vous êtes fou ! soupira Mlle Vatnaz.

Elle pria Dussardier de la reconduire jusqu’à sa porte.