Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 1.djvu/71

Cette page a été validée par deux contributeurs.

avec lui mettre le complément à notre voyage en vous allant embrasser ; nous aurons mangé notre pain blanc en dernier lieu.

J’étais à Nogent quand les accusés[1] d’avril sont passés : oui, j’ai vu Caussidière avec ses formes athlétites [sic], l’homme à la figure mâle et terrible ; j’ai vu Lagrange. Lagrange, c’est l’œil de César, le nez de François Ier, la coiffure du Christ, la barbe de Shakespeare, le gilet à la Républicaine ; Lagrange est un de ces hommes à la haute pensée, Lagrange c’est le fils du siècle comme Napoléon et V. Hugo. C’est l’homme de la poésie, de la réaction, l’homme du siècle, c’est-à-dire l’objet de la haine, de la malédiction et de l’envie. Il est proscrit dans ce monde, il sera Dieu dans l’autre.

À toi de cœur.


19. AU MÊME
[Rouen, 24 mars 1837]
Cher Ami,

Je ne connais guère de gars qui ait un Byron. Il est vrai que je pourrais prendre celui d’Alfred[2], mais par malheur il n’y est point et sa bibliothèque est fermée. Elle était encore ouverte hier, mais tu penses bien que son père, qui est parti aujourd’hui pour Fécamp, a serré cette clef ainsi que celle des autres compartiments de son logis ; ainsi, Amen.

  1. Conspirateurs républicains d’avril 1834, condamnés le 5 mai 1835
  2. Alfred Le Poittevin, frère de la mère de Guy de Maupassant