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insisté pour la garder près d’elles : « Laure, vous souffrirez dans le monde, Laure restez ici au moins jusqu’à votre majorité. »

Et elle ne pensa plus à ce coup de téléphone.


* * *


— Laure, tu ne peux marier Alexandre Daubourge.

C’est Madame Lavoise qui parle. Arrivée de cet après-midi au Foyer, quand Laure n’était pas encore là, elle a passé son temps dans cette petite chambre qui lui semble une misère, habituée à d’immenses pièces campagnardes. Toute cette demi journée solitaire, elle s’est heurtée aux murs si proches, à la chaise, à la table. Maintenant, elle est assise, les bras ballants, le visage ravagé d’une souffrance que Laure ne peut arriver à comprendre. Pourquoi sa mère est-elle si bouleversée à l’idée de son mariage prochain.

— Maman, pourquoi êtes-vous venu me torturer ?

— Je suis venue, tu le sais bien, parce que je ne sais pas écrire, parce que tu auras besoin de moi ; puis, il est des choses qu’il faut expliquer verbalement, c’est la seule manière de les faire comprendre. Quand Monsieur le Curé m’a lu ta lettre, j’ai dit tout de suite : « J’irai voir Laure, je la raisonnerai, elle comprendra que c’est une folie, que c’est impossible. » Et, j’ai beau te le répéter, tu ne veux pas me croire, tu ne veux pas m’écouter, misérable enfant.

Et elle tordait ses mains dans son impuissance.

Laure très pâle, entoure les épaules de sa mère :