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Elle n’a pas encore trouvé l’occasion de dire à son père qu’elle est venue envoyée par Marie Lavoise. Il est si indifférent, il ne s’occupe que de son bien-être. Chaque soir, avant qu’elle ne regagne sa chambre il s’informe :

— Tu vas bien, petite. As-tu passé une agréable journée ?

Pas une seule fois, depuis son arrivée, elle n’a pu causer une minute avec lui seul, elle ne doit pas oublier qu’il a bien des susceptibilités à ménager.

Cet essaim de jeunes, qui badinent en jouant sur la grève, lui font oublier toutes ces pensées sérieuses qui mettaient un voile de tristesse sur son petit visage.

Elles ne revinrent à la maison qu’à l’heure du souper, Laure s’occupait comme les autres jeunes filles. Elle ne voulait pas qu’on la regardât comme une visiteuse, mais bien comme quelqu’un de la maison.

Le lendemain, un soleil radieux faisait la campagne si belle que Laure n’entra qu’à l’heure des repas, elle trouvait toujours quelque chose à s’occuper au dehors ; les poules au poulailler réclamaient leur pitance, les oies, les petites dindes qui sautaient dans son plat de grain ; elle voulait profiter des dernières heures de son séjour à la campagne, dans deux jours Lucille et Alexandre viendraient la chercher. Comme cela le voyage du retour lui serait moins à charge, elle perdrait une famille pour en retrouver une autre.

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