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celui de son fils, il lui aurait été doux de la serrer sur sa poitrine, de l’amener avec lui en laissant la ville et de pouvoir lui dire : « Mon enfant, ton bonheur que je viens de broyer, je veux le reconstruire. Je veux que ces mêmes mains qui ont fait saigner ton cœur le pansent et le guérissent. » Il pourrait demander à son fils de la lui présenter, mais Marie Lavoise est là qui se dresserait entre eux, comme jadis, elle lui ferait un rempart de son corps. Il devait donc repartir seul en sachant son fils malheureux, sa fille désemparée.

Alexandre entra tard dans la nuit. Son père était toujours à la même place fumant une interminable pipe. Il prépara le divan.

— Et toi où iras-tu ? s’informa son père.

— Ne vous inquiétez pas de moi. Vous devez comprendre que je n’ai nullement sommeil. Je passerai la nuit sur cette chaise.

— À ton gré, je ne te comprends que trop bien. Si tu savais combien je maudis en ce moment le démon qui m’a poussé à toutes ces vilenies dont je ne souffre pas seul maintenant, mais qui paralyse l’avenir de mes enfants. Mon fils, Dieu ne laisse jamais le mal sans punition. Il sait toujours nous retrouver.

Les dernières paroles qu’Alexandre devaient entendre résonner à ses oreilles avant que la respiration régulière de son père endormi n’emplît la chambre, furent celles-ci, qui revenaient comme un refrain : « N’épouse jamais une femme que tu n’aimes pas. »

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