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Marie Lavoise s’arrêta comme si elle était à bout de souffle.

— Maman, voulez-vous un verre d’eau, articula craintivement Laure.

Un grand apaisement se faisait graduellement dans le cœur de la jeune fille. Toute la raison des réticences de sa mère, c’est qu’elle était divorcée. C’était, il est vrai, un grand malheur, en quelque sorte un déshonneur pour des personnes de leur mentalité, mais pour sûr cette raison ne pourrait influencer Alexandre.

— Non merci, ne m’interromps pas, c’est le plus dur qu’il me reste à te faire connaître.

Elle se recueillit quelques secondes. Laure suspendit son souffle, bien qu’elle sentait ne plus rien avoir à craindre des déclarations horribles qu’elle allait entendre.

— Chaque semaine depuis un mois, il allait au village, nous étions à trois milles de distance. Ces voyages répétés n’étaient pas sans m’intriguer, mais je n’avais pas eu le courage de lui demander ce qu’il allait y faire. Je me réfugiais dans le silence, m’appliquant à faire mon travail aussi parfait que possible.

— Un matin nous nous asseyions à table pour le déjeuner, je lui avait fait de belles crêpes dorées — il en était si friand — je lui passai le sirop d’érable, au lieu de me remercier, il repoussa son assiette que je venais de placer devant lui, chargée de crêpes brûlantes. « Tu n’as pas faim ? interrogeai-je. Aimerais-tu mieux autre chose ? »