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TOM JONES.

il, et il eût été un peu dur d’être pendu pour un drôle de cette espèce. »

Le ministre, charmé du succès de sa pacifique entremise, se mit à débiter sur la colère un sermon plus propre à allumer qu’à éteindre cette passion, dans une ame ardente. Il enrichit son discours de nombreuses citations des anciens, particulièrement de Sénèque qui a traité ce sujet avec tant de succès, qu’il n’y a guère que les gens colères qui le lisent sans plaisir et sans profit. Il rapporta, en finissant, la célèbre histoire d’Alexandre et de Clitus, qu’on trouvera dans le recueil de nos lieux communs, au chapitre de l’ivresse.

L’écuyer ne fit pas plus d’attention au sermon du ministre, qu’à l’histoire d’Alexandre et de Clitus, qu’il interrompit pour demander un pot de bière, observant que la colère dessèche le gosier : remarque peut-être aussi vraie, qu’aucune de celles auxquelles cette fièvre de l’ame ait donné lieu.

M. Western ayant bu quelques rasades, ramena la conversation sur Jones, et annonça la résolution où il étoit d’aller le lendemain matin, de bonne heure porter plainte contre lui à M. Allworthy. Le ministre, par un sentiment de bonté naturelle, tenta de s’y opposer ; mais il ne réussit qu’à provoquer une nouvelle bordée de jurements et d’imprécations, dont ses pieuses oreilles furent cruellement blessées. Cependant il n’osa