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CHAPITRE VIII.

suivre ce conseil. D’un côté, l’espoir d’une récompense proportionnée à un tel service tentoit sa cupidité ; de l’autre, le danger de l’entreprise où elle s’étoit embarquée, l’incertitude du succès, la nuit, le froid, les brigands, les ravisseurs, lui inspiroient de vives alarmes. Frappée de ces images sinistres, elle vouloit aller sur-le-champ trouver M. Western, et lui découvrir le mystère ; mais elle étoit trop prudente, pour se décider dans une affaire de cette importance, avant d’avoir mûrement pesé le pour et le contre ; et d’abord, l’idée d’un voyage à Londres étoit d’un grand poids en faveur de Sophie : Honora brûloit de voir une ville où elle se figuroit des délices, peu s’en faut pareilles à celles qu’un pieux cénobite ravi en extase, imagine dans le ciel. Elle connoissoit en outre sa maîtresse pour être beaucoup plus libérale que l’écuyer ; et, sous ce rapport, la fidélité lui promettoit plus d’avantages que la trahison. Enfin, revenant sur ses divers sujets de craintes, et les examinant d’un sens plus rassis, elle les jugea en général mal fondés. Toutes choses étant donc à peu près égales de part et d’autre, son attachement pour sa maîtresse, joint à sa probité naturelle, alloit, selon toute apparence, prendre le dessus, lorsqu’une réflexion subite pensa changer entièrement sa détermination. Elle calcula qu’il s’écouleroit bien