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CHAPITRE III.

tout, de l’honneur de votre famille. Vous n’êtes en ceci qu’un simple instrument. Lorsqu’on traite d’une alliance entre un prince et une princesse, par exemple entre un infant d’Espagne et une fille de France, croyez-vous, mademoiselle, que l’on ne consulte que l’intérêt de la princesse ? Non, ce mariage est moins un contrat entre deux personnes, qu’un traité entre deux royaumes. Il en est de même dans les grandes maisons comme les nôtres. On considère d’abord l’avantage des familles. Vous devriez préférer l’honneur de la vôtre, à votre satisfaction personnelle ; mais si l’exemple que je viens de vous citer, ne vous inspire pas de nobles sentiments, du moins n’aurez-vous point à vous plaindre d’être traitée plus mal qu’on n’a coutume de traiter les princesses.

— J’espère, madame, répondit Sophie en élevant un peu la voix, j’espère ne faire jamais rien qui déshonore ma famille. Quant à M. Blifil, quelles que puissent être les conséquences de mon refus, je ne l’épouserai point. Aucune force humaine ne triomphera de ma résolution. »

À ces mots, M. Western qui écoutoit depuis long-temps à la porte, ne se posséda plus. Il se précipita comme un furieux dans la chambre, et menaçant du poing sa fille : « Tu l’épouseras, morbleu ! s’écria-t-il d’une voix de tonnerre, tu l’épouseras, ou que le diable m’emporte. »