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prudence rocaleux

valet de chambre plutôt que le concierge ou le balayeur de la rue.

— Parce qu’il était soi-disant parti pour sa bastide…

— Et alors ?

— Alors, il errait dans les alentours de votre maison, attendant le bon moment. On a dit qu’il était avec vous, mais rien de plus facile que de vous quitter une heure ou deux pendant que vous dormiez.

M. Rembrecomme répondit avec calme :

— Ma bonne, vous commettez une grosse erreur, et j’espère que vous n’avez pas propagé cette nouvelle qui ferait du tort à un homme dévoué autant que respectable. Apollon était avec moi. C’est sa femme qui est allée aux environs de Marseille. Quant à lui, je l’ai eu près de moi à toute heure, même durant la nuit, parce que nous avons partagé la même chambre. Vous ignorez peut-être qu’il est mon frère de lait ?

Prudence était effondrée. Dans l’envol de son imagination, elle avait cru frapper un grand coup en suggérant, contre toute vérité, qu’Apollon ne se trouvait pas avec son maître. Elle s’avisait que le manque de réflexion la trahissait.

Maintenant, elle constatait que sa fortune s’envolait. Quelle chute ! Avoir rêvé de longs jours… Avoir travaillé à prouver une accusation, avoir presque touché toutes les choses qu’elle achetait…

M. Rembrecomme reprit avec un air sévère :

— Je vous félicite d’être venue me trouver avant d’ébruiter cette fâcheuse et folle hypothèse. La police saurait vos menées qu’elle penserait que vous vous moquez d’elle, et cela aurait pu vous coûter cher.

La domestique écoutait ces paroles comme