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CHAPITRE VII


Prudence ne perdait pas de vue son départ pour le mardi 1er octobre. Elle s’y préparait avec une joie exubérante, ce qui ne l’empêchait pas de penser aux soucis que Mme Dilaret pourrait avoir du fait de son absence.

— Je puis recommander à Madame une femme qui ne demande pas mieux que de me remplacer pendant dix jours…

— Vous la connaissez bien ?

— Je la vois souvent chez les fournisseurs… Son patron est ingénieur chez un pâtissier…

— Quoi ?

— Ingénieur chez un pâtissier…

— Il leur faut des ingénieurs ?

— Dame ! pour calculer le tour des moules à gâteaux, la contenance du four…

Cette fois, Mme Dilaret opposa au sérieux de Prudence un rire sans politesse.

— Ce n’est pas très aimable de rire de ce que je dis, murmura Prudence vexée… Vous savez bien, Madame, qu’y sont tous ingénieurs… J’en reçois des commis dans ma cuisine… Y m’ donnent leur carte et je lis : « Émile Ripal, ingénieur à la Grande Épicerie », « Jules Moquet, ingénieur à la Grande Cordonnerie »… Le lait leur sort encore au bout du nez qu’ils crient déjà : « J’ suis ingénieur ! » J’ai cru, dans les temps, qu’il fallait rester beaucoup dans une école, comme M’sieu Jacques l’a fait ! Mais, je t’en fiche ! Y n’ont