Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/61

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Il rêvait pour elle d’un mariage qui l’élèverait au-dessus de la moyenne ordinaire de sa condition. Cependant, il n’agitait jamais cette question avec la jeune fille, n’étant pas pressé de la voir s’éloigner de la maison.

À vrai dire, il n’avait pas encore découvert parmi ses ouvriers celui qui lui semblait destiné à devenir le mari de sa chère Mathilde.

Germain Plit lui paraissait cependant mieux que les autres. Il était sobre et travailleur. De plus, son langage n’était pas émaillé de paroles libres. Il était intelligent et possédait le sens des affaires. Cependant, il lui manquait encore ce « je ne sais quoi » que ne pouvait définir Bodrot.

Plit se montrait pourtant diligent et attentionné. Il avait formé le plan d’épouser la fille de son patron et il se posait comme un homme sérieux aux yeux de Bodrot. Il parlait de son ambition de se mettre tôt en ménage et d’avoir un fonds de serrurerie avec ses économies.

Il ne voyait que rarement Mlle Bodrot, qui venait parfois chercher son père quand elle avait une course à effectuer dans les environs de l’atelier.

Quelque temps avant l’entrée de Gérard parmi les ouvriers, Bodrot avait pressenti sa fille au sujet de Plit. Il n’avait pas le droit de garder par devers lui les avances du jeune homme.

Mathilde, très franche, de sa manière moderne avait répondu :

— Ne nous pressons pas… Les petites ont encore bien besoin de moi, et si Germain Plit a des intentions d’épouseur, il saura m’attendre…

Bodrot avait approuvé ces paroles qui contentaient son désir de garder sa fille le plus longtemps possible.

Tout changea quand Gérard survint à l’atelier. Bodrot l’étudia et fut convaincu que le ciel lui envoyait ce gendre. Il était exactement comme il souhaitait qu’il fût, et Mathilde serait certainement du même avis.

Il avait des manières raffinées qui devaient plaire à celle qui affichait son horreur pour le ton habituel des ouvriers. Elle était décidée à ne pas prendre un époux brutal et ivrogne et qui ne serait bon que par intermittences. Elle voulait un mari qui fût, comme son père, pieux et homme d’intérieur, pensant plus à sa famille qu’au cabaret.

Naturellement, Bodrot renchérissait sur ces idées qu’il trouvait parfaites.

À mesure que les jours coulaient, Bodrot apprécia davantage Gérard. Puis, du moment qu’il lui avait été présenté par le P. Archime, il savait que c’était un garçon dont on pouvait faire cas. Ils se promettait de demander de plus amples renseignements religieux sur son protégé. Mais le bon Père ne venait