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Marcel le trouvait charmant, Maurice l’accablait de démonstrations, les cadettes le saluaient de joyeux bonjours, Pauline souriait gravement et Denise rougissait en lui tendant la main.

Mme Laslay s’émouvait à l’entendre raconter sa jeunesse sans mère. Tant de mélancolie se dégageait des paroles du jeune homme qu’elle s’attendrissait, se disant qu’elle ne pouvait fermer sa porte à ce compatriote.

Cependant, malgré l’affection compatissante qu’elle ressentait pour lui, elle aspirait à le voir regagner la France. Il apportait trop de trouble dans la règle si calme que son mari et elle avaient établie dans leur intérieur. Puis son cœur de mère s’alarmait de la possibilité qu’une de ses filles ne s’éprît de lui.

Pauline ne lui semblait pas éblouie. Elle connaissait ses sentiments religieux et prévoyait que son enfant entrerait au couvent. Il n’en était pas de même de Denise. Elle la savait vite découragée autant qu’enthousiaste. Elle ambitionnait pour elle un mariage simple, sans heurts, sans luxe ; une union où la jeune fille eût pu s’oublier en organisant un intérieur de ressources modestes.

Elle ne la voyait pas, désœuvrée, au milieu d’élégances. Il fallait que sa tendance à la nonchalance fût dissipée et que l’imagination, constamment fixée par les besognes rituelles, ne s’égarât pas dans l’oisiveté.

Mme Laslay craignait avec raison.

Gérard se réveilla, un matin, avec une résolution qui venait de l’éclairer subitement : il épouserait Denise. Ce serait le seul moyen pour lui de rester dans cette famille qui lui plaisait tant.

Jusqu’alors, il n’avait pas beaucoup pensé au mariage, mais la grâce de la jeune fille l’y invitait. Puis, qui aurait-il pu choisir qu’il connaissait mieux ? Son père n’estimait-il pas son vieil ami ?… Depuis qu’il fréquentait les Laslay, il lui semblait avoir toujours vécu près d’eux, tellement leurs goûts étaient identiques aux siens. Il se découvrait plus simple qu’il ne le pensait.

Son père l’aimait trop pour contrecarrer ses desseins, et le P. Archime, sûrement, ne trouverait nul obstacle à cette décision.

Gérard jugeait que son séjour en Amérique était providentiel et qu’il y était venu pour accomplir son destin.

Il informa son père de son projet.

La réponse de M. Manaut ne se fit pas attendre. Il acquiesçait de tout son cœur, se confiant au goût de son fils et à son jugement. Il lui donnait naturellement la prolongation qu’il désirait et il annonçait que son arrivée aurait lieu quelques jours avant la cérémonie du mariage. Il écrirait à M. Laslay dès que son fils le lui indiquerait.

Gérard fut bien joyeux en recevant cette lettre. Il estimait que son père se montrait d’un américanisme parfait.