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Elle comprenait maintenant la fuite de Gérard comme Mathilde venait d’être éclairée subitement.

Ainsi, c’était bien Denise Laslay…

Le pauvre Gérard l’avait aperçue sans doute et il s’était sauvé… La même question se posait pour les deux jeunes filles : pourquoi s’était-il enfui ?

Si Mathilde, plus au courant des nouveaux sentiments de Gérard, pénétrait parfaitement son attitude pleine de délicatesse envers sa fiancée, Denise était toute secouée par le doute.

Ne voulait-il plus la revoir et était-elle si rayée de son souvenir ?

Quel singulier hasard les avait remis en présence !

Elle espérait oublier et voici que le rêve miroitait de nouveau devant elle pour lui faire revivre sa déprimante disparition.

Mme Alixin, qui n’établissait aucun rapprochement entre l’évanouissement de Denise et la venue de Gérard Manaut, continuait de parler de sa robe et du malaise de la jeune fille :

— Je sais que la traversée vous a fatiguée… Dans quelques jours vous serez de nouveau tout à fait d’aplomb… Cette robe va vraiment bien et je suis enchantée, Mademoiselle… Je vais vous payer tout de suite… Je n’ai pas de monnaie ici… Il faut que j’aille dans le bureau de mon mari…

Mme Alixin disparut.

Denise regardait Mathilde. Elle avait besoin de se confier à une âme de jeune fille. Mais la personne qu’elle avait sous les yeux était-elle capable de la comprendre ? Ce n’était qu’une fille d’ouvriers dont les sentiments, peut-être, manquaient de finesse. Cependant, elle semblait délicate et paraissait bien connaître Gérard…

Mathilde, sagace et fine, comprenait les débats intérieurs de Denise Laslay. Elle eût voulu lui murmurer :

— Confiez-vous à moi, je sais tout ce qui vous intéresse, et à nous deux nous trouverons le moyen de remédier aux choses… Ayez de l’espoir et de la confiance…

Denise lut-elle dans ce regard tout ce qu’il contenait d’encourageant ?

Il advint qu’elle se rapprocha de Mathilde et qu’elle lui dit :

— Je voudrais vous parler… Pourrai-je me rendre chez vous ? et dès cet après-midi ?

— Je vous attendrai… repartit Mathilde, les yeux brillants de joie d’être comprise…

Mme Alixin rentrait dans la pièce et elle tendit à la jeune ouvrière l’argent qu’elle lui devait. La jeune fille s’en alla, non sans avoir échangé avec Denise un dernier regard de sympathie.

Dans sa franchise, Mathilde se demandait pourquoi