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les messieurs, courtois en apparence. Un cercle nombreux fut bientôt autour de cet éventaire attrayant, et les petits mouchoirs parfumés volaient, disputés par une foule de mains agiles.

Blessé dans sa dignité, atteint dans son amour, Robert assistait de loin à ce revirement inattendu. Il eut l’intuition que Christiane s’essayait à un rôle et il en entrevoyait le but, qui était de le lasser.

Il se demandait avec dépit pourquoi la jeune fille s’acharnait ainsi à le refuser, alors qu’il était prêt à donner sa vie pour elle.

Pendant qu’il se livrait à ces questions, M. Lavique passa :

— Bonjour Robert. Je cherche Christiane. Quelle est donc la lionne qui réunit une telle meute autour d’elle ? Toutes les vendeuses en sont jaunes d’envie. Jusqu’à la belle Mme Gendel qui ne vend rien ! Je ne peux voir qui se cache derrière ce rideau humain. Vous le savez, vous ?

Le jeune homme lança non sans amertume :

— Cette vendeuse incomparable est Mlle Gendel.

— Comment ! c’est notre petite amie qui accapare tout ce flot ?

— Elle-même…

— Jamais je ne l’aurais crue capable d’un tel miracle…

— Tout arrive…

M. Lavique s’aperçut alors du ton désabusé de Robert. Il comprit sa souffrance et lui prit, amicalement le bras pour l’entraîner dans un coin l’on vidait des coupes de champagne.