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rente viagère et ne me laissera presque rien.

Robert la regarda plus profondément en lui répondant :

— Votre sincérité me touche extrêmement… Vous êtes loyale et mon admiration pour vous augmente encore. Votre beauté m’entraîne vers vous, ainsi que votre âme si franche. La fortune que vous auriez pu détenir n’a rien de commun avec l’amour que je vous porte.

Une fierté envahit Christiane. Être aimée ainsi compte dans la vie d’une femme et elle comprit la rareté d’une telle tendresse. Mais plus elle se montrait haute et pure, plus la jeune fille se croyait indigne d’en profiter. Une horreur la pénétrait en pensant qu’elle apporterait dans le foyer d’un homme aussi chevaleresque la réputation d’une mère superficielle, gâtée par des hommages nombreux.

Robert Bartale n’obtint aucune réponse, le comptoir de Christiane venant subitement d’être envahi par une bande de jeunes mondains. Il put voir cependant sur le front de la jeune fille un rayonnement qu’il interpréta à son avantage.

Il s’éloigna un peu, mais pas assez cependant pour ne pas perdre de vue celle qu’il aimait.

Il fut assez surpris de remarquer son enjouement soudain. Elle provoquait les acheteurs et sa coquetterie les charmait autant qu’elle les étonnait.

Christiane n’avait pas accoutumé ses relations à un jeu auquel elle excellait subitement.

« Atavisme », ironisaient entre eux