Page:Fiel - Le Sacrifice et l'Amour, paru dans l'Écho de Paris du 3 février au 7 mars 1934.djvu/49

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Il regarda la jeune fille. Elle leva sur lui ses beaux yeux et il put y deviner une parfaite harmonie entre la pensée qu’ils dévoilaient et la sienne.

Christiane se disait qu’un pareil voyage avec Robert Bartale serait un paradis anticipé, et Robert se demandait comment il avait pu vivre, voyager et sentir, sans l’aide de cette jeune fille.

— Vous venez souvent chez nos amis Lavique, Mademoiselle ?

— Le plus souvent qu’il m’est possible…

— Moi, je les perds de mon horizon de temps- à autre ; et c'est pourquoi je ne vous y avais jamais rencontrée… Nous nous sommes connus au cours d’un voyage, que nous avons d’ailleurs terminé de conserve… J’en ai effectué d’autres depuis et je ne suis rentré à Paris que depuis peu de temps. Reviendrez-vous les voir bientôt ?

À cette question directe qui changeait brusquement le rêve en une réalité, où il fallait agir, Christiane éprouva un bouleversement.

Ses résolutions se profilèrent devant son esprit et son orgueil filial souffrit de ne pas posséder la mère qu’elle eût tant désirée !

Une tristesse s’appesantit sur elle et voila son regard.

Robert le remarqua.

Il la contemplait, étonné, qu’elle ne répondît pas spontanément à l’intérêt qu’il manifestait à son sujet, déçu aussi qu’elle ne montrât pas