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Au dîner, où il était convié chez les Lavique, en même temps que Christiane et quelques autres personnes, il fut près de la jeune fille par hasard, les places à table n’étant désignées que pour les quatre convives placés aux côtés des maîtres de la maison.

La conversation s’anima bientôt entre eux et Mlle Gendel, entraînée, constata que les minutes fuyaient rapidement.

Le jeune homme subissait 1e charme de Christiane. Sa beauté l’éblouissait et sa franchise l’étonnait. Les femmes, en général, ont conscience des armes qu’elles possèdent et en usent avec adresse.

Christiane, modeste, ne se supposant pas des qualités extraordinaires, n’en jouait pas. Puis, la façon d’être de sa mère la rendait timide. Elle s’effrayait qu’on la crût un esprit d’oiseau, sans réflexion profonde.

Il fallait un grand prestige pour qu’elle oubliât cette blessure toujours ouverte.

Robert la découvrait autre que ses auditrices ordinaires. Jusqu’ici, son cœur n’avait pas été fortement ému et il prodigua à sa voisine tout ce qui s’y renfermait.

Leurs réflexions sur certaines questions se révélaient semblables, leurs goûts artistiques identiques. Les pays qu’ils préféraient étaient tes mêmes et, comme livre de chevet, ils lisaient le même auteur.

« Quelle existence heureuse nous pourrions avoir », pensait Robert.