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En un instant, toute sa vite passée se réduisit en un bouillonnement inconsistant d’où émergea une perspective inconnue.

Quand Mme Lavique lui dit :

— Oh ! mon Dieu ma petite Christiane, j’ai failli omettre de te présenter notre jeune ami : Robert Bartale.

Elle crut que la vieille dame se trompait, tellement il lui semblait que Robert Bartale lui était familier de tout temps. Elle l’ignorait cependant quelques minutes auparavant, mais son imagination le lui avait révélé, comme elle ne croyait pas qu’il pût exister.

Il était grand, mince et Souple. Ses cheveux châtains pouvaient plaire également aux blondes et aux brunes. Sa moustache à l’américaine découvrait le dessin de sa bouche fine.

Il se montrait vite souriant, mais ce sourire savait si bien varier ses expressions, qu’il enchantait les tendres, les sévères et les ironiques.

Malgré cette diversité de séduction, Robert Bartale conservait un aspect sincère, déférent et bon.

Il était riche et se contentait d’être un chartiste distingué, pour son plaisir seul.

Il revenait d’un séjour en Italie et son esprit était rempli des visions du paysage. Ses trente ans accusaient l’enthousiasme d’un poète, au geste mesuré, à la parole chaude, mais un enthousiasme de bon ton, sans éclat, vibrant sans emballement.