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pense qu’à moi, qui suis pleine de vie…

Christiane, pendant trois jours, subit les confidences de Bertranne, parmi les sentiers que les sapins rendaient odorants. Le ruisseau avec ses saules aux feuilles fines y gazouillait, alors que la voix tour à tour chantante ou incisive de Bertranne racontait ses sensations.

La jeune fille, cependant, ne divulgua pas le nom, n’esquissa pas de portrait physique.

L’aimé restait un mythe.

Christiane ne, questionnait pas. Elle écoulait l’hymne d’adoration sortir des lèvres de son amie, s’étonnant seulement de la place que prenait subitement un étranger dans ce cœur.

Un peu de dédain, qu’elle ne laissait pas paraître, passait en elle à l’égard de Bertranne.

Elle jugeait l’amour tellement facultatif qu’elle considérait l’étudiante comme atteinte d’une faiblesse imprévue. Et elle se sentait forte, maîtresse de sa volonté et résolue à mépriser plus que jamais ce « tourment sans frein », ainsi que disait Bertranne.

Le matin du départ, elles effectuèrent une dernière promenade.

— Ce vallon aura entendu le cri de mon cœur, dit Mlle Fodeur. Je rentre à Paris un peu étourdie d’avoir tant parlé, éblouie de tant de soleil… Quel est le sort qui m’attend ?